10 décembre 2016 6 10 /12 /décembre /2016 20:52
L'épitaphe

Pour tromper le temps, elle se cherchait une épitaphe. Quand son heure viendrait, le plus tard évidemment, on écrirait : "De l'ombre ou de la lumière, lequel est le héros de l'autre ?".

Elle était comme ça, Madeleine, fantomatique et pourtant lucide, comme éclairée de conscience. Sacrificielle aussi au profit de celui qui s'était assoupi près d'elle. 35 ans à paradoxalement lui apporter la lumière de son ombre. 35 ans à prendre soin de ce frère, tour à tour spectre et génie, étoile de la danse et pourtant si fragile qu'il fallait qu'elle veille jour après jour à ce que son corps trouve le repos.

"Je ne bougerai pas de ce lit avant que tu ne t'endormes !" avait-elle menacé, comme on sermonne un petit enfant au bord d'un sommeil récalcitrant. Il avait obtempéré, s'était étendu souplement sur le matelas, écrasant sa mine fatiguée sur l'oreiller. Quelques heures auparavant il était encore au théâtre, astre prometteur de la scène de la danse contemporaine new-yorkaise. Ses spectateurs se doutaient-ils de l'âme bienveillante qui veillait sur son talent ? Pouvaient-ils imaginer que sans le sacrifice de sa lumière à elle, lui ne toucherait pas le radieux ?

Et maintenant, il était tout à fait endormi. Un épisode de plus dans leur petite série fraternelle. Tout à l'heure elle se lèverait doucement puis irait ranger ses habits de scène. Pour le moment, elle se laissait caresser par la chaleur du soleil. Si tant de lumière ne la faisait pas disparaître, c'est peut-être qu'elle n'était pas tout à fait chimère.

Et sur son épitaphe à lui, elle graverait : "Il chercha tellement la lumière qu'il en désigna son ombre".

Édit : Summer in the City, Edward Hopper

8 décembre 2016 4 08 /12 /décembre /2016 20:56

Loin de moi l’idée de dénigrer l’enthousiasme, la ferveur, et le dévouement des enseignantes de mes filles. Vraiment, étant convaincue depuis longtemps de ne jamais pouvoir exercer pareille fonction, je m’incline régulièrement sur l’autel de leur abnégation.

Mais parfois, au niveau des sorties qu’elles organisent, j’ai des doutes. En novembre, les Poites ont ainsi été voir "The Kid". Oui, le film muet en noir et blanc. Et si une part de moi trouve sincèrement que visionner ce film à 5 ans est une merveilleuse opportunité de s’ouvrir l’esprit à la culture, l’autre partie de moi, celle qui a dû rassurer 2 Poites sur l’impossibilité que je les abandonne un jour dans une voiture puis en décortiquer pas mal de séquences consécutivement à l’expression de questions angoissées au bord de la purée-knackis, a de vieux doutes.

Et ce matin, rebelote. Parce que je ne sais pas si vous vous souvenez, mais j’étais en dette vis-à-vis de Poite n°2 pour accompagner sa classe lors d’une sortie, sortie ayant eu lieu ce matin.

Pour une totale compréhension de ce qui va suivre, sachez que Poite n°1 et sa classe était également de la fête. Mais j'accompagnais celle de Poite n°2 et n'étais donc qu'avec elle. Tout en regardant évoluer Poite n°1 dans les environs. La gémellité et ses moments d'ubiquité ratée, épisode 389.

Voyons, comment résumer le spectacle qui nous a été donné à voir ?

Ben voilà, c'était ça...

C'est en néerlandais je crois, n'ayez pas peur, ça ne fait pas mal

10h45 : nous entrons dans la salle. La scène est petite, en cercle et plongée dans l’obscurité. "Z’ai peur" me glissent 2 ou 3 petites voix autour de moi. Poite n°2, elle, ne dit rien mais s’accroche à mon bras avec une énergie qui me semble un peu trop proche de celle du désespoir.

10h47 : tous les enfants sont assis. La maîtresse a dû entendre les mêmes petites voix que moi parce qu’il y a un enfant installé sur ses genoux. Stoïquement, Poite n°2 s’est installée à ma gauche. Les petites Mélissa et Louann sont à ma droite.

10h48 : la musique démarre. Cris de bêtes et musique grave. Ça frissonne autour de moi. "Z’ai peur" refont les petites voix.

10h49 : un homme est au milieu de la scène. Armé d’une paire de ciseaux, il  découpe des sacs plastiques. Il a une tête pas tibulaire mais presque. "Qu'est-ce qu’il fait ?" "C’est un magicien ?" "Pourquoi il fait ça le monsieur ?". Ça s’interroge sur les bancs. Et ça tousse aussi beaucoup. La sortie scolaire, merveilleux déculpabilisant maternel sur l’état des bronches de ses propres enfants.

10h51 : l’homme a posé son sac plastique au milieu de la scène. Il longe le rond central pour allumer des ventilateurs. Franchement, je n’aurais pas l’âge que j’ai, j’aurais peur. Ok, j’ai un peu peur en vrai. En face de moi, assise sur son banc, Poite n°1 restée avec sa classe me lance des œillades désespérées. "C’est un animal ?" me demande-t-on à propos du sac rose posé devant nous.

10h52 : Si c’est ça, l’animal bouge. Allons courage. Le sac s’anime. Les 75 gamins explosent de rire.

10h53 : le sac vole

10h54 : le sac vole

10h55 : le sac vole toujours. "On va voir que ça ?" fait Mélissa à ma droite

10h57 : d’autres sacs sont venus rejoindre le premier. Un vert, un rouge, un bleu rayé. En fonction de la puissance des ventilateurs, ils s’envolent plus ou moins haut. Le vert a l’air particulièrement en forme ce matin alors sans concertation, tous les enfants commencent à scander "allez-le-vert-allez-le-vert-allez-le-vert". C’est plus une scène de théâtre, c’est un match de foot. Le monsieur semble apprécier moyennement.

10h59 : le monsieur se roule par terre au milieu des sacs. Ça redouble de "Pourquoi il fait ça le monsieur ?" autour de moi.

11h04 : le monsieur revient avec un parapluie. "Il est trop beau son parapluie" fait Poite n°2 à ma gauche. Merci Poite n°2, c’était le point parapluie.

11h05 : la petite Moreen sur le rang devant se met à chanter très fort. Une bande sonore tout à fait différente de celle diffusée dans les haut-parleurs. Le monsieur lui jette un regard appuyé. Mélissa se colle à moi. Ses "z’ai peur" se font plus insistants.

11h06 : j’ai deux enfants de 5 ans sur les genoux. C’est bien, ça me change. Poite n°2 fronce les sourcils selon un angle dangereux, elle n’avait pas l’intention de partager. La petite Louann s’est rapprochée pour se coller à mon flanc droit.

11h07 : fin de la séquence parapluie. La musique se fait plus intrigante encore. De l’autre côté de la salle, Poite n°1 me tend des bras éperdus. Je ne vois pas bien mais je jurerais qu'elle a la bouche un peu tordue. C'est drôle, un peu comme mon estomac.

11h08 :"on va voir que des sacs ?", je sens la pointe de déception dans la voix de Mélissa. J'hésite à lui répondre "oui, ma chérie, et même que tes parents ont payé 4 euros pour ça", mais je suis l'adulte, je me retiens.

11h10 : le monsieur s’énerve sur ses sacs. Il a repris sa paire de ciseaux et il est en train de tous les massacrer. Les morceaux déchirés s’envolent et passent à proximité des spectateurs. Des enfants se lèvent pour attraper les bouts de plastiques aussitôt poursuivis par les maîtresses. Quelques irréductibles encouragent toujours le sac vert.

11h13 : le monsieur repasse près de nous pour éteindre les ventilateurs. "Z’ai peur" me glisse la locataire de mon genou droit. Louann se rapproche encore un peu plus. Elle n’a plus qu’une fesse sur son siège, la deuxième se situant dans le vide séparant nos deux assises.

11h15 : la bande sonore est encore à base de cris d’animaux. La lumière s’éteint. J’ai 3 enfants sur les genoux. C’est fini.

11h16 : une nuée d'enfants partent en direction des portes. "C’était trop bien" me confie Mélissa.

L'enfance, l'irrésolution absolue.

7 décembre 2016 3 07 /12 /décembre /2016 21:25

Lu 7 histoires

Epelé 34 mots

Assuré 2 trajets domicile-école / école-domicile

Négocié un devis à 5 chiffres

Récupéré 2 certificats médicaux

Eu 3 fois les yeux mouillés pour des raisons objectivement absurdes

Consolé 5 fois

Prononcé 78 "dépêchez-vous"

Assuré 2 repas

Regardé 2 films de fille

Lancé 1 lessive

Réalisé 1 pâte à sel et 2 bonhommes de la dite matière

Joué au loto du corps humain

Dit 89 "Non"

Montré une photo de juin 2011 pour expliquer que, non, je ne les avais pas allaitées

Soigné 4 bobos plus ou moins incurables

Félicité 12 fois pour des exploits plus ou moins discutables

Attendu Poite n°2 essayant de battre le record du monde de cloche-pieds

Prononcé des phrases incroyablement ridicules, au premier rang desquelles le redoutable "arrête de lécher la souris de ton père"

Expliqué le principe des chiffres pairs et impairs

Trouvé 1 bulletin François Fillon dans le sac à trésors de Poite n°1 (promis, ça vient pas de moi)

Acheté de quoi faire des truffes en chocolat

Retrouvé une cagoule rose

Mangé un reste de cracotte déjà mâchouillé

Bref, c'était mercredi !

6 décembre 2016 2 06 /12 /décembre /2016 21:01

Souvent je dis que je vis avec les Bisounours. Je crois qu’on ne choisit pas de vivre avec les Bisounours, pas plus probablement qu’on choisit d’avoir un caractère enclin à se méfier. Le seul choix que je fais réellement en la matière, c’est celui de la confiance.

En dehors de ça, je suis donc perchée dans un monde où tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil. Et je suis même si indécrottablement insouciante que j’ai fréquemment ce que j’appelle des "bouffées de bonheur".

La perspective d’une soirée comme je les aime, à grignoter froid sur mon canapé vide et silencieux ;

Le visionnage de l’une ou l’autre des vidéos du week-end sur mon téléphone et dans lesquelles les Poites s’évertuent exclusivement à faire ce pour quoi elles sont le plus douées, à savoir m’émerveiller ;

Le souvenir d’un moment Nutella, peu importe qu’il fût réellement tartiné ou pas ;

La conviction du "ça va aller", certainement parmi les meilleurs pis-aller à l’angoisse dont mon inconscient m’a dotée ;

La satisfaction du travail bien fait quand il fait froid et que je les imagine bien emmitouflées dans leur cour de récré ;

L’instant d’après quand j’ai eu l’étincelle de l’idée de les contacter par SMS, le sourire idiot que j’affiche alors comme une promesse gourmande des vrais messages de dans quelques années ;

La réminiscence d'un moment culte organisé par mon amuseur personnel ;

La sérénité d’être dans le vrai (MON vrai, à défaut du VRAI vrai) (vous suivez ?) ;

La douceur du "jusque-là tout va bien".

Je n’ai jamais appris à les convoquer ces instants de rien, ils arrivent sans frapper. Ils sont présents à moi, comme des remparts aux embarras. Ils occupent la colonne des Plus dans la comptabilité de mes journées. Pas que la colonne des Moins soit vide, non, mais elle a un pendant, toujours bien rempli. Promesses ou souvenirs, ils équilibrent, ils adoucissent, ils tempèrent.

Les bouffées de bonheur. Parfois la nature est généreuse et vous fournit les antidotes aux malheurs. Comme si vous aviez les capacités insoupçonnées d’accueillir conjointement les deux.

Oui, vous aussi ayez des bouffées de bonheur avec des rouleaux de papier Q astucieusement customisés

Oui, vous aussi ayez des bouffées de bonheur avec des rouleaux de papier Q astucieusement customisés

5 décembre 2016 1 05 /12 /décembre /2016 21:05

Après avoir fait semblant le temps d’une soirée d’encoller une feuille de papier format A4 pour y déposer mollement quatre découpes d’un catalogue d’une grande enseigne de jouets, Poite n°2 s’est finalement décidée à prendre les choses en mains et à créer de toutes pièces ce qu’elle aimerait obtenir en cadeau de Noël.

Admirez le "Forver Sisters"

Admirez le "Forver Sisters"

A savoir dessinée hier soir sur un coin de la table de la cuisine, une valise rigide à roulettes, mi-Elsa mi-Belle. A l’heure qu’il est j’envisage donc de soudoyer les producteurs de Disney pour qu’ils nous inventent fissa un crossover Reine des Neiges / La Belle et la Bête. Mais en attendant, toute digital mum que je suis, j’écume bêtement le rayon bagages d’Amazon.

Voilà, à part ce souhait de faire rouler des trucs derrière elles, ni l’une ni l’autre des Poites n’exprime de grands désirs pour les festivités à venir. Passée la première soirée empreinte d’une certaine frénésie, les catalogues sont restés posés sur la table de la véranda. Mieux, les tunnels de publicité qu’elles se mangent régulièrement entre deux dessins animés n’ouvrent la porte à aucune doléance.

Alors bien sûr on pourrait se féliciter du caractère profondément altruiste de ces enfants qui ne quémandent rien. La vérité, vous vous en doutez, est légèrement différente. La vérité, c’est qu’il n’y a rien à réclamer quand on a déjà tout.

J’ai beau aimer à la folie ces enfants que le hasard et la progestérone ont mis sur ma route, je ne peux m’empêcher de tordre un peu la bouche à les voir consommer comme elles le font. Et à travers elles, ne me faites pas croire que vous n’avez pas perçu le double mouvement de rétro-projection à l’œuvre dans ce billet, ma propre façon de consommer.

Parce que oui, l’année qui vient de se passer est parmi les plus coûteuses de mon existence (pourtant déjà longue comme en témoignent les 39 bougies de la semaine dernière). La faute à l’achat immobilier d’une vie et à l’intégralité de ses pièces à repenser une à une. Rajoutez à cela la très faible résistance du Homard à tout ce qui est connecté ou potentiellement connectable et vous obtenez un budget 2015/2016 à la limite du tolérable. Sans compter que l​​​​​​à-dessus, j'ai la Modus qui me démange un p'tit peu (vous l'avez ?).

L'autre jour le Homard et moi avons gaulé les Poites à jouer à la marchande de fenêtres. Ce jour-là on s'est regardé et on s'est dit que peut-être on allait un peu trop souvent chez Leroy Merlin.

4 décembre 2016 7 04 /12 /décembre /2016 22:02

On va pas y aller par 4 chemins. Il est 22h35, il me reste exactement 6% de batterie et mon câble d'alimentation se situe actuellement à l'étage inférieur, à côté du téléviseur sur lequel le Homard se regarde la saison n° je-ne-sais-plus-combien de GOT. Donc, je vais rester là et assister à la longue agonie de mon ordinateur parce que je n'ai aucune mais alors aucune envie de descendre et de vivre la 3 000ème décapitation du nain ou de la fille blonde qui montre ses seins ou d'une autre des créatures bizarres qui peuplent actuellement mon salon.

En attendant donc, twittons...

Je tweete, tu tweetes, il/elle tweete #35
Je tweete, tu tweetes, il/elle tweete #35
Je tweete, tu tweetes, il/elle tweete #35
Je tweete, tu tweetes, il/elle tweete #35
Je tweete, tu tweetes, il/elle tweete #35
Je tweete, tu tweetes, il/elle tweete #35
Je tweete, tu tweetes, il/elle tweete #35
Je tweete, tu tweetes, il/elle tweete #35
1 décembre 2016 4 01 /12 /décembre /2016 20:33

J’ai beau chercher partout autour de moi, je n’ai que des choses assez moches à vous raconter. Ou à ne pas vous raconter puisque certaines de ces choses évoquent les sujets que je n’aborde pas ici (si, il y en a, aussi extraordinaire que ça puisse paraître).

En conséquence de quoi, je viens de trouver ce petit calendrier de l’Avent des pensées positives que je m’apprête immédiatement à vous partager. Après, vous prenez tout aujourd’hui ou vous revenez chaque jour jusqu’au 24, c’est à vous de voir (c’est le moment où on va débusquer les coquines qui bouffaient tous les chocolats le premier jour).

1 - Une citation qui me porte

"Ils ne savaient pas que c’était impossible, alors ils l’ont fait". Phrase de l’illustre Mark Twain qui a magnifiquement incarné nos 5 années pré et post-procréation. Lequel Mark Twain a pondu bien d’autres phrases, comme les pertinentes "C’est plus facile d’avoir des principes quand on est bien nourri" et "Tout ce dont nous avons besoin pour réussir dans la vie est l’ignorance et la confiance".

2 - Une image qui fait rêver 

Roooh ça va hein...

Roooh ça va hein...

3 - Ton dernier coup de foudre musical

Je sais avoir déjà eu l’occasion de l’écrire mais mon rapport à la musique est aussi peu cohérent que la ligne éditoriale de ce blog. En gros, sur ma playlist Spotify, il y a actuellement

Du Moby

Du Matt Simons

Du Imany

Du Charles Like The Prince

Du Oren Lavie

Du Two Door Cinema Club

4 - Une image super mignonne

Non, ne rêvez pas, hors de question d’envisager le chaton. C’est pas marqué La Poste ici. Alors, vous vous contenterez de cette image de Poite n°1, prise dimanche, au lendemain de son visionnage de Danse avec les Stars.

Le calendrier

5 - Une chanson qui donne la pêche

A ce challenge, c’est George qui gagne. Toujours.

6 - Une chose qui réconforte quand ça va mal

Une virée sur la galerie de mon téléphone portable.

7 - Un petit bonheur gratuit

Entendre les Poites s'époumoner sur "Pour un flirt avec toi".

8 - La plus belle chanson d’amour du monde

Le seul, le vrai

9 - Ton dernier coup de foudre cinématographique

J’ai deux enfants de 5 ans, je ne vais plus au cinéma.

10 - Une vidéo à voir absolument

Il y en a beaucoup alors voici mon dernier éclat de rire et un autre, plus ancien, mais dont j'adore l'originalité.

10 - Une recette à essayer d’urgence

N'importe laquelle qui ne nécessite pas plus d'un oeuf.

11 - Une personnalité à découvrir

Thomas Wiesel, le chroniqueur suisse de Quotidien. Il me fait rire ce garçon et que voulez-vous, femme qui rit...

12 - Un lieu méconnu à découvrir

La Pointe aux Chevaux, bassin d’Arcachon

Et paf, tout le monde réserve son billet de TGV

Et paf, tout le monde réserve son billet de TGV

13 - Un sketch absolument hilarant

Globalement, j'ai eu envie de répondre "tous les sketchs / chroniques dans lesquels apparaissent / de Vincent Dedienne", mais celui-ci parlera à toutes les mères que nous sommes.

14 - Ton dernier coup de foudre littéraire

J’ai deux enfants de 5 ans, je ne lis plus. Le comique de répétition, le Homard, livret IV.

15 - Ta blague préférée

C’est Toto le tétard, il croyait qu’il était tôt alors qu’il était tard.

16 - Une initiative à découvrir

Le collectif BAMP, association de patients AMP et infertiles

17 - Un truc qui redonne foi en l’humanité

Les élans de solidarité. La place de la République aux lendemains de vous-savez-quoi. A chaque fois, ça me fout les yeux mouillés.

18 - Une idée pour éclairer le quotidien des autres

Eclairez le vôtre et vous constaterez que celui des autres ira automatiquement mieux, par rebond

19 - Un conseil plein de bon sens et qui fait du bien

Agit comme si tu avais le double d’enfant. Idéal pour relativiser l’imparfaite perfection.

20 - Une expression ou un jeu de mot

"Il est urgent de ne pas s'affoler". Vous verrez, 90% du temps, c'est vrai.

21 - Un blog à découvrir

Celui de Mentalo, pour ses photos, pour ses textes, pour son atmosphère et son regard touchant posé sur la vie...

22 - Un jeu drôle et facile à mettre en place

Avec les Poites, nous avons joué tout l'été au jeu des devinettes animalières. La première pense à un animal et les deux autres posent des questions pour tenter de deviner la nature de l'animal. Comment de pattes, quelle couleur, quelle alimentation ? Celle qui trouve pense au prochain animal. Pas besoin de matériel et vous êtes tranquilles, une fois sur deux, ils pensent à un éléphant.

23 - Une anecdote drôle, émouvante et/ou signifiante

Quand j'étais en première, une de mes camarades de classe s'est suicidée. C'était au mois de mai et pendant 2 mois, on a tous beaucoup pleuré. Après ça, les professeurs ont été cool avec ma classe. Très très cool. Du genre à nous laisser étudier "Rape me" de Nirvana en cours d'anglais. J'ignore ce qui était le plus saugrenu ce printemps-là, la tête de mon professeur d'anglais en train de fredonner avec nous cette chanson ou nos yeux rougis avant d'avoir 17 ans...

24 - Ce que tu souhaites à tous les autres humains

De baiser. Bien et souvent. Sérieux, ça en détendrait certains.

 

Edit : les items de ce "calendrier" m'ont été inspirés par @apprentiscrea

29 novembre 2016 2 29 /11 /novembre /2016 22:00

C’est drôle parce que quelques heures à peine après vous avoir vanté tous les merveilleux atouts de mon cadre, je me suis retrouvée ce matin, l’haleine aussi lourde que la paupière à souhaiter ardemment le faire péter en mille tout petits morceaux, mon si formidable cadre.

Parce qu'"on" m’a aboyé dessus, à 8h15, pour avoir assumé, encore et encore, mon rôle de parent.

Parce qu’à 8h10, j’ai entrepris de coudre les gants de Poite n°2 à chacun des bouts d’un cordon, lequel était destiné ensuite à être enfilé dans chacune des manches de son manteau jaune, plutôt que d’affronter l’idée de la laisser partir par des températures négatives.

Remarquez que l’autre jour, "on" m’a déjà aboyé dessus parce que je courais comme une tarée entre les différents niveaux de la maison, toujours à 8h14, pour retrouver le livre du mercredi de Poite n°2. C’est fou parce que manifestement, ce mercredi-là, "on" a cru que je prenais un malin plaisir à tester aussi matinalement l’efficacité de mon déodorant à grimper ainsi les escaliers et "on" m’a reproché d’attendre justement le jour où la mécanique grince pour rajouter de la rouille dans les engrenages.

"On" avait vraisemblablement simplement oublié que c’est le mercredi et pas un autre jour que les Poites se rendent à la bibliothèque de leur école et qu’il est donc impératif ce jour-là et pas un autre dont la mécanique matinale aurait été mieux huilée de se pointer avec le sac dédié à l’emprunt d’ouvrage. D’ailleurs, "on" avait certainement oublié également grâce à quel parent Poite n°2 rapporte chaque mercredi soir un livre à la maison dans un sac en tissu plutôt que dans une poche Picard (oui, je dis poche) (surtout quand je suis colère).

Mais oups, je m’égare. Revenons-en aux gants.

Croyez-moi, je l’envie. Moi aussi, je crois que j’aimerais pouvoir les emmener à l’école, la tête nue et les mains fraîches et ne plus y penser de la journée. Ne pas sombrer ensuite dans le désespoir de les entendre tousser, ne pas avoir le cœur rongé à l’idée qu’elles pourraient avoir chaud, froid ou quelque chose entre les deux. Quelle légèreté j’y gagnerais.

Et remarquez aussi comme je perds mon temps à songer aujourd’hui à la coiffure qu’elles auront demain, jour de photos individuelles. Qu’est-ce que ça peut bien me foutre qu’elles aient la gueule de travers et la mèche rebelle ? Ce n’est pas comme si on se façonnait ici les souvenirs de toute une vie.

Et puis aussi je sais qu’elles disent "cool" et "trop fas" (prononcer "trop fasse"). Je sais que William a griffé Mélissa. Je sais que la dose de Flixotide, c’est 125 et pas 50 et même que le médecin m’a fait des yeux surpris, m’a demandé si j’étais sûre et si par hasard je n’avais pas fait des études de médecine pour en savoir autant sur l’état des bronches de ma fille. Je sais à quelle heure elles sont invitées dimanche et comment s’appellent les deux petits frères de leur hôte. Je sais l’heure de leur naissance et le prénom de la sage-femme. Je sais le nombre de laryngites de Poite n°2, je sais leurs circonstances, je sais les traitements qui ont suivi. Je sais que la petite F. a exactement les mêmes chaussures que Poite n°1. Je sais que Poite n°2 n’a aucun complexe d’infériorité vis-à-vis de sa sœur mais une grande capacité de manipulation. Je sais Elvire, Enora et Charlotte, les amies imaginaires. Je sais que Poite n°1 va me demander de klaxonner une fois ma voiture garée au parking. Je sais que Poite n°2 va sautiller pour aller ranger ses chaussures. Je sais leurs pointures. Je sais les prénoms de ceux qui les accompagnent tout au long des 10 heures quotidiennes sans moi. Je sais la date du prochain rappel des vaccins. Je sais la date du dernier shampoing. Je sais qui a eu des poux et qui n'en a pas. Je sais que samedi, elles ont aimé leur premier tableau de Degas. Je sais tant et tant de choses.

Pourtant, je ne sais pas tout. Et même en sachant tant de choses, je sais que j’ai des failles énormes. Mais je sais aussi que ce matin, elle ne pouvait pas partir les mains nues.

Je sais l’utilité des savoirs inutiles. Je sais que je ne sais pas pour rien. Je sais que c'est essentiel que quelqu'un sache tout ça d'elles. Mais je sais que j'ai de la peine de savoir sans lui.

28 novembre 2016 1 28 /11 /novembre /2016 21:06

Je me faisais cette réflexion ce week-end en voyant évoluer joliment et sereinement les Poites. J’ai beau me plaindre souvent, j’ai beau culpabiliser encore plus de ne pas leur offrir l’enfance parfaite, dotée de l’environnement parfait et de l’entourage parfait, je leur offre tout de même un cadre. Devrais-je dire, je nous offre un cadre tant je ne suis pas dupe sur le fait d’en avoir moi-même un grand besoin.

Le cadre d’une vie très rangée, certes. Encore que "très rangée", c’est comme tout, plus que certains et moins que d’autres j’imagine. La relativité que ça s’appelle.

Mais tout de même, elle est rangée, objectivement, cette vie qu’expérimentent les Poites. Deux parents, une maison, une famille autour (un peu), deux emplois salariés à plein temps et un rythme parfaitement "normal" (si ma psy me lisait, elle ferait ses petits yeux en l’air si vous saviez).

Quatre emplois du temps paramétrés sur papier millimétré, une vie propre sur elle, protégée. Un quotidien sans éclat. Ne vous méprenez pas, je l’emploie ici sans affect, dans le sens de sans heurts, allégé d’irrégularités et débarrassé d’éventuelles montagnes russes organisationnelles.

Evidemment, c’est le modèle que j’ai connu. Le même qu’a connu le Homard aussi. Et que nous reproduisons fidèlement, jusqu’à l’ennui que pareilles vies induisent immanquablement.

Et malgré tout, je perçois que ce cadre structure mes enfants, les rassure, autant qu’il le fait pour moi.

Parce que l’une a tant besoin de maîtriser son environnement (silence pudique). Et parce que l’autre est suffisamment perchée pour avoir besoin qu’on lui balise attentivement le terrain.

Alors, bien sûr, je n’ai peut-être que des illusions. Celle notamment de leur assurer le socle nécessaire, ni trop contraignant, ni trop étiré. Et puis, traumatisée que je suis du carcan qui fût autrefois le mien, j’ai à cœur de leur transmettre que si cadre il y a, il n’est ni cage ni armure et suffisamment souple pour être distendu.

Le cadre, comme un départ. Pas forcément comme un aboutissement.

 

Edit : on est bien d’accord que la normalité que j’évoque en première partie de post est MA normalité. Je cite la double parentalité, les horaires ou les repères de vie comme des éléments forts parce que dans MON cas, ils participent pour beaucoup à mon équilibre éducatif et que j'ai la chance de pouvoir les vivre. Ce n’est peut-être pas le cas de tout le monde ou pas dans les mêmes proportions. Je vous laisse donc juges de vos propres normalités ou de vos propres possibilités de les expérimenter (retour des yeux au plafond).

27 novembre 2016 7 27 /11 /novembre /2016 20:48
Le musée

Hier, certainement pour rajouter du malheur au fait déjà affligeant des presque 40 bougies sur mon gâteau d'anniversaire, j'avais réservé des billets pour l'exposition Chtchoukine à la Fondation Louis Vuitton. Chouette, me direz-vous, un peu de culture ne nuit jamais.

Certes, mais vous qui avez déjà trimballé 2x5 ans dans un musée, version légèrement coincée du c*l dans le 16ème arrondissement de Paris en sus (vous l'avez ?), vous me comprenez.

Pourtant, j'avais à mon actif une panoplie assez riche de ruses, dites ruses de la mère en milieu hostile, au premier rang desquelles feuilles de papiers, crayons et patience légendaire.

Le Homard dans tout ça ? Le Homard était dans un de ces jours off, vexé/fatigué/stressé sur les coups des 11h50 par l'une de ces petites péripéties que la vie de famille nous réserve à tous. En gros, il a exécuté hier dans ce musée le Vendée Globe de l'art moderne, intégralement en solo et sans assistance pour quiconque démâtait autour de lui.

J'étais donc seule dans mon navire; avec comme équipage deux Poites qui vraisemblablement se demandaient bien ce qu'elles foutaient là. Comme moi aussi, un peu, j'étais assez peu crédible pour les convaincre de s'y mettre. Et ce malgré les dizaines de sourires-têtes-penchées-sur-le-côté que nous avons récolté parmi le visitorat, âgé, cultivé mais disons-le, plutôt guindé.

Nous avons ainsi vaillamment parcouru les premiers Picasso, savouré malgré tout les jolies danseuses de Degas et admiré avec un entrain un peu feint quelques Magritte. Mais assez vite, j'ai envoyé mon équipe dessiner sur un banc. La technique m'accorda 20 bonnes minutes de tranquillité. Néanmoins peu à peu, les apprentis artistes revinrent se pendre à mes basques au son de "c'est quand qu'on s'en va ?".

Tactique suivante, mon téléphone portable permit dans les salles numérotées 4 à 9 d'occuper avantageusement les 2 plus jeunes apprenties photographes de l'arrondissement. Mais quelques regards noirs de gardiens de musée plus tard, il fallu dégainer mon subterfuge suivant.

Poite n°2, soudain inspirée, me lança une perche. La belle voulait que je lui dicte des mots. Parfait, me dis-je, voilà projet mêlant plaisir et utilité. Je lâchais donc mes écolières sur le banc central de la salle n°14, stylo à la main avec un premier mot à épeler sur le livret de l'exposition et m'éloignais vers un Derain. Il faut alors imaginer l'ambiance feutrée de la salle, les visiteurs le menton intelligemment dressé vers les cadres, certains échangeant des commentaires directement tirés du dernier numéro de Télérama. Tout dans les lieux respirant l'érudition et la sagesse.

Et au milieu de toute cette sagacité, on entendit soudain une petite voix aussi perchée que peu discrète. Une petite voix qui parla fort en ma direction, rompant le silence fin des lieux, et qui demanda : "et PROUT, Maman, comment ça s'écrit PROUT ?".

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  • : Maman de deux Poites en une seule fois
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35 ans tous les deux, ensemble depuis 2005.

En 2009, on a essayé.

En 2010, on a galéré.

En 2011, contre tout avis médical, on a procréé.

Depuis, nous sommes passés de 2 à 4.

En une seule fois.

 

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